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«…ce lac n’a jamais existé que dans un texte : ce texte. Pourtant je sais bien que ma mésaventure n’est pas un rêve et que des personnes réelles, des personnes vivantes peuvent en témoigner. Mais qu’importe ? Quelle différence ? «Car notre passé, qu’est-il d’autre qu’une suite de rêves ? Quelle différence y a-t-il entre se rappeler les rêves et se rappeler le passé ? Et c’est la fonction que remplit le livre.» Argumentation d’Oriane (stylo encre bleue, plume souple) : Oui… et non. Il est vrai que nous ne revivons jamais le passé et que nous avons, avec un souvenir, un rapport abstrait non directement charnel car si nous nous souvenons d’impressions sensuelles, elles n’ont jamais la plénitude, la diversité, la richesse du présent vécu. La fameuse madeleine de Proust ou son petit mur jaune sont de cet ordre qui se concentrent sur un goût et une couleur. Le monde ne revient jamais dans sa totalité. Non, parce que le rêve est d’une autre texture que le souvenir. Le rêve, bien sûr, est plus arbitraire et irrationnel, mais il est aussi plus évanescent s’oubliant aussitôt que rêvé si l’on ne fait pas l’effort de le transformer en souvenir en le rapportant, le plus souvent à soi-même. Et pourtant le rêve peut avoir la force totale de la sensualité réelle. C’est donc un paradoxe : il peut-être aussi vrai que le vécu mais moins tenace que le souvenir.
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